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Généalogie des Français d'Amérique du NordLes noms de famille
Dans
l’Antiquité, les citoyens romains étaient
ordinairement désignés par trois noms (deux prénoms
et un nom de famille ou patronyme). Les autres habitants se
contentaient en général d’un seul prénom,
parfois complété d’un surnom individuel. Avec la disparition de
l'empire en 476, les noms de famille disparurent durant environ
1000 ans. Vers 1300, du moins en France et dans les
pays voisins, les noms de famille sont réapparus. Ces noms de familles suivaient certaines traditions.
Il s'agissait souvent d'un prénom devenu patronyme,
d'un nom de métier, d'une qualité (ou d'un
défaut), ou encore d'une localisation topographique (comme
Lamontagne ou Larivière) ou d'un lieu d'origine ou d'un toponyme
(comme Le Normand, Paris ou Beauregard). De nombreux nobles n'utilisaient pas de vrai nom de famille et choisissaient plutôt le nom de leur principale terre, alors que d'autres conjuguaient le patronyme à un nom de terre. Ce manque de cohérence donne de la difficulté à désigner une telle personne. C'est pourquoi ce document utilise certaines conventions que certains spécialistes trouveront particulières. Ainsi, le roi de France Louis VI est appelé Louis VI de FRANCE, ce qui permet de le classer à FRANCE (de) dans l'index. Parmi les enfants du roi, un seul devenait roi à son tour, sauf exception. Louis VI a plusieurs fils appelés ici de FRANCE, à cause de leur père. Mais à la génération suivante, ceux qui ne sont pas rois prennent le nom de leur terre principale. Ainsi, Louis VI est le père de Louis VII, Pierre et Robert. Pierre épousa Élisabeth de COURTENAY et est aussi connu dans l'histoire comme Pierre Ier de COURTENAY. Vous verrez Pierre Ier de FRANCE et son fils Pierre II de COURTENAY. De même, son autre fils Robert de FRANCE hérita du comté de Dreux et fut aussi appelé Robert Ier de DREUX, père de Robert II de DREUX. Pour toutes ces raisons, et bien que certains personnages soient connus dans l’histoire sous plusieurs désignations, le présent document n’en utilise qu’une seule.
La création de nouveaux nomsEn général, quelqu'un hérite du nom de
famille de son père. Il arrive que le père (et
parfois la mère) soit inconnu. En
Nouvelle-France, certaines personnes n'avaient pas de nom de
famille (ce qui est représenté par «..» dans ce document)
ou prenaient celui de leur mère, de leur tuteur, etc. Il
n'y avait aucune réglementation quant à l'utilisation d'un patronyme. De plus, certains apprenaient (ou
soupçonnaient) qu'un tel était leur père
biologique et décidaient alors de prendre son nom de
famille. Quelques individus ont donc vécu
sans patronyme durant quelques années, puis avec celui de leur
tuteur ou de leur mère, et finalement sous celui de leur
père présumé. De
façon indépendante, de nombreuses personnes
utilisaient un nom de famille différent de celui de leur
père, même s'ils étaient des enfants
légitimes
connaissant parfaitement ce père. Par exemple, les nobles
connus sous leur nom de terre pouvaient acquérir un
nouveau domaine et changer ainsi de nom de famille. De plus, la
coutume de certaines régions de France suggérait un nom
de famille en trois
éléments rappelant la tradition romaine. Il ne
s'agissait pas de noblesse mais d'une tradition utilitaire permettant
de
distinguer plusieurs familles différentes utilisant le
même patronyme. Parfois, ce surnom se substituait au
patronyme. Les surnomsPrenons comme exemple la famille Jarret de Vignieu
(Isère, France) au 15e siècle. Une
épidémie de peste a disséminé la population
et le seigneur du lieu a repeuplé ses terres. De nouvelles
familles font alors leur apparition, souvent sans parenté avec
les familles déjà sur place. Examinons les noms de quatre personnages de cette époque :
Barthélémy Jarret, son fils Pierre Jarret, un autre Pierre Jarret sans parenté et Pierre Hugon.
Barthélémy Jarret acquiert un grand nombre de terres et voudrait bien
que son fils Pierre en hérite. La tradition taisant le nom
des femmes à cette époque, il ne veut pas que l'autre
Pierre Jarret obtienne les terres de ses enfants.
Barthélémy prend alors le surnom de Hugon. Ce surnom devient un second prénom et non le dernier
élément du nom de famille. En effet, il s'appelle
dès lors Barthélémy Hugon alias Jarret, père de
Pierre Hugon alias Jarret. L'autre Pierre Jarret transforme son
propre nom en Pierre Sibuet alias Jarret, Sibuet étant aussi un
prénom. Quant à Pierre Hugon, il ne se sent pas
concerné et conserve son nom. Tout ceci démontre que l'élément
distinctif est bien un
deuxième prénom et non le dernier élément
puisqu'on a distingué les deux Jarret et non le Hugon. En
d'autres mots, le nom initial de Barthélémy était
Jarret et non Hugon. Une
centaine d'années plus tard, Benoît, descendant de
Barthélémy, aura de nouveau à protéger ses terres
contre un autre Benoît. Cette fois-ci, il reprendra d'abord
Hugon comme surnom, puis en s'apercevant que l'autre Benoît
descend aussi de Barthélémy, il optera pour Jacquemin, son
grand-père, alors que l'autre Benoît deviendra
Benoît Jarret dit Rouge. En cent ans, la tradition a
changé et c'est maintenant à la fin que s'ajoute le
surnom. Même s'ils n'ont pas connu la même
popularité partout, il semble que l'on retrouve cette tradition
du surnom distinctif dans plusieurs régions de France.
Aussi, ne faut-il pas s'étonner si cette tradition s'implante
aussi en Nouvelle-France, avec toutefois une variation importante, c'est qu'une
grande partie de la population l'utilise. Les surnoms apparaissent assez tôt en
Nouvelle-France. En 1634, nous trouvons la sépulture de
Jean GUIOT dit NÉGRIER, originaire de Normandie. En 1638,
c'est le mariage de François DROUET dit MORTAIGNE, originaire de
Saint-Hilaire de Mortagne, au Perche. Au passage, notons que les
noms sont souvent écrits phonétiquement, d'où la
différence entre MORTAGNE, le nom original, et MORTAIGNE, le
surnom utilisé. Il semble que la tradition s'établisse vraiment avec
l'arrivée du régiment de Carignan en 1665. En
effet, le généalogiste René Jetté m'avait
fait remarquer une importante concentration de surnoms autour du lac
Saint-Pierre. Il se trouve que cette région est aussi
celle où plusieurs officiers du régiment de Carignan ont
obtenu des seigneuries. Il s'agissait non seulement de
récompenser ces militaires, mais aussi d'assurer la défense de la colonie car les Iroquois remontaient le long du
Richelieu et y installer des anciens soldats constituait une
stratégie assez intéressante. Et par hasard,
plusieurs de ces officiers venaient du Dauphiné, province
où le surnom était déjà populaire. Il
en est ainsi de Verchères, de Contrecœur, de Sorel (ou Saurel)
et de Saint-Ours. Le
fait que ces soldats possédant déjà un nom de
guerre soient devenus censitaires de leur ancien capitaine;
a contribué à favoriser
l'emploi des surnoms dans cette région. Fonctionnement des surnoms
La tradition militaire
voulait que l'on donne un surnom (ou nom de guerre) aux soldats pour que l'ennemi, en
espionnant, ne puisse connaître le vrai nom des soldats et faire
ainsi pression sur sa famille, à moins qu'il ne s'agisse d'une
simple manipulation pour mieux contrôler les soldats et moins s'y
attacher quand on les envoyait se faire tuer. Un observateur verra
que souvent, si l'immigrant avait un surnom, il s'agissait d'un soldat
(mais ce n'était pas toujours vrai). Il notera aussi que beaucoup
de ces noms de guerre étaient ceux de fleurs (Lafleur, Latulipe,
Laviolette), des quolibets (Ladébauche, Laterreur, Laguerre,
Jolicœur, Deslauriers, Brisetout, Prêt-à-Boire, Lafaveur,
L'Espérance), des lieux d'origine (Le Parisien, Le Normand, Le
Breton, L'Irlande), et parfois des lieux-dits difficiles à trouver (Beauregard, Coderre). Il
existait un autre mécanisme de création de surnoms, quand
il s'agissait de distinguer des familles homonymes déjà
établies dans la même région. Le surnom
venait souvent du
prénom du père (Simon, Vincent) ou du nom de la terre
où habitait l'enfant. Les surnoms pouvaient s'accumuler
mais
en général, on dépassait rarement deux
éléments. L'ancêtre de la plupart des
Beauregard s'appelait André Jarret, sieur de Beauregard.
Ses enfants se nommaient Jarret, Beauregard, Jarret dit Beauregard et
Beauregard dit Jarret, avec un certain nombre de variations
orthographiques comme Jared et Borgard. Un des fils
d'André s'appelait Vincent. Pour une raison inconnue, deux
fils de ce Vincent utilisèrent à 3 occasions Vincent
comme nom de
famille et à la génération suivante, les enfants
de trois des quatre fils de Vincent utilisaient souvent Vincent
à leur
tour. Donc, le surnom Vincent de ces Jarret dit Beauregard est
dérivé du prénom d'un fils de l'immigrant. Avec la famille Rivard, la situation est beaucoup plus
complexe. Les frères Nicolas RIVARD dit LAVIGNE et Robert
RIVARD dit LORANGER venaient du Perche en tant qu'engagés.
Nicolas a plusieurs fils, dont Antoine RIVARD dit LAVIGNE,
François RIVARD dit LACOURSIÈRE, Jean RIVARD dit
PRÉVILLE, Julien RIVARD dit LAGLANDERIE, Nicolas RIVARD (sans
surnom) et Pierre RIVARD dit LANOUETTE. Quant à Robert,
ses fils sont dits LORANGER, de MONTENDRE, BELLEFEUILLE, FEUILLEVERTE
et MAISONVILLE. D'autres surnoms apparaissent aux
générations suivantes, comme DUFRESNE, BEAUCOUR ou
GERVAIS. Par la suite, le patronyme original peut
disparaître et nous avons par exemple un LORANGER dit MAISONVILLE. Parfois, plusieurs familles prenaient le même surnom. Ainsi, les LAFLEUR
peuvent descendre des
familles POUPART, BIROLEAU, POIRIER, BÉÏQUE, LECOMPTE,
MEUNIER, etc. Certains familles ont conservé leurs deux
noms, en utilisant un trait d'union, comme les BEAUGRAND-CHAMPAGNE,
descendants des BEAUGRAND dit
CHAMPAGNE). La disparition des surnomsLes
surnoms ont pratiquement disparu de nos traditions.
Les situations varient beaucoup. Ainsi, les patronymes de
certains immigrants ont complètement disparu en faveur de leur
surnom, alors que pour d'autres, une branche de la famille a
conservé le patronyme original ou a opté pour le surnom,
certains choisissant le second surnom ou même un
troisième. Au moins trois cas ont été
identifiés alors que l'immigrant est arrivé ici avec son
surnom sans jamais utiliser le nom de famille reçu à la
naissance.(François DESLAURIERS dit LAFRANCE, baptisé
François BARIA, et Pierre VAILLANT nommé Pierre RASLEAU
en France, et François PHÉNIS ou PHÉNIX dit
DAUPHINÉ de la famille GRUFFAT).
Plusieurs ont recherché dans une loi quelconque la cause de la disparition des surnoms. En fait, c'est la pression sociale qui serait la première responsable. Les surnoms disparaissent surtout dans la seconde moitié du XIXe siècle, en même temps que le phénomène de l’urbanisation touche progressivement de plus en plus de familles. Suite à l’émigration vers les centres urbains, les chefs de famille deviennent des salariés de grandes entreprises et ouvrent des comptes de banque. Celui qui utilise tantôt son patronyme et tantôt son surnom aura des ennuis car son dossier ne contient qu'un des deux noms. Simultanément, de nombreuses familles traversant la frontière américaine et auront aussi des ennuis avec l’utilisation de deux patronymes différents. Sous la pression qui augmente, la mode des surnoms cesse presque complètement. Au recensement canadien de 1901, il reste tout de même 668 personnes (sur plus de 5 millions) dont le nom de famille contient "dit" alors que dans celui de 1881, on ne trouve que 330 de ces noms. Si aucune loi n'a causé la disparition des surnoms, il
semble bien que les exigences de l'état civil en vigueur au
Québec depuis 1866 puisse empêcher leur
retour. En effet, la loi exige que le nom usuel soit
basé sur le nom donné à la naissance ou un nom
changé avec la permission du directeur de l'état
civil. On est loin de l'utilisation des surnoms à
l'ancienne, avec tantôt l'un, tantôt l'autre nom de famille. Variation des noms de famille et des prénomsLa plupart de nos ancêtres ne savaient pas
écrire. Leurs noms étaient plutôt
retranscrits phonétiquement. Plusieurs
phénomènes ont pu alors influencer la façon
exacte d'écrire le nom : par exemple, si l'individu prononce mal
son nom, s'il a un accent régional différent de celui du
curé ou du notaire, s'il est d'origine étrangère,
etc. Certains clercs savaient tracer des lettres mais ignoraient
l'orthographe des mots. L'académie française fut
fondée en 1635 et publia son premier dictionnaire en 1694, ce
qui n'empêcha pas la langue de continuer à
évoluer. Ainsi, ce n'est qu'en 1835 que les mots en -ois
prononcés en -è se sont écrits en -ais. La normalisation des noms de famille ne débuta
réellement qu'au 19e siècle, quand il fallait fournir des
papiers officiels pour se marier par exemple. Cela explique
qu'un nom puisse avoir de nombreuses variations avant de se stabiliser,
parfois avec deux formes différentes, parfois davantage.
Ainsi, Jarret, écrit Jarret en France et dans certains documents
concernant l'immigrant, devenait Jared, Jarred, Jaray, etc., avant de
se normaliser sous les formes de Jarret (sauf une personne qui a choisi
Jaret même si sa parenté proche utilise Jarret), Jarest et
Sharray (aux États-Unis). De même, nous trouvons des
Arsenault, Arseneau, Arseneault au Québec, et des Arseneaux aux
États-Unis. Un phénomène similaire existe pour les
prénoms, mais le nombre de variations est moins
élevé. Nous avons par exemple des prénoms
anciens comme Jehan devenu Jean, Edmé devenu Aimé ou
Magdeleine devenu Madeleine. À cause de ces variations, tous les noms dans le présent
ouvrage ont
été normalisés. La règle est en gros la suivante : le
prénom est toujours normalisé, sauf exception (en
général, le prénom trouvé à
l'étranger). Le nom est normalisé s'il est
utilisé avant 1800. Les prénoms sont normalisés en fonction des
données du PRDH-RAB et de Parchemin, deux importantes bases de
données de référence. Dans plusieurs cas,
deux graphies sont proposées afin de faciliter les recherches ou
la compréhension. Ainsi, on trouvera parfois «John ou Jean»
pour désigner le père d'un immigrant venu
d'Angleterre. Le prénom Marie est utilisé s'il
apparaît au moins une fois. Ainsi, si une femme est
appelée Madeleine dix fois et Marie Madeleine une fois, la forme
Marie Madeleine sera utilisée. Si c'est Madeleine dix fois
et Marie une fois, alors ce sera Madeleine (on considère que Marie
est une erreur), mais si c'est Marie au moins deux fois, la forme sera
Madeleine ou Marie. Il en est de même si c'est Madeleine une
fois et Marie une fois. Les noms de famille sont normalisés en fonction de la
famille. Des noms semblables comme FONTAINE et LAFONTAINE ne sont
pas fusionnés mais demeurent différents. Si
quelqu'un utilise les deux noms, ce sera inscrit comme «FONTAINE ou
LAFONTAINE». Si une famille a utilisé GAULTIER et toutes
les autres GAUTHIER, alors ce sera GAULTIER pour cette seule
famille. Les noms utilisés à l'étranger sont
repris tels quels sans être normalisés afin de faciliter
les recherches sur place, par exemple si le nom en France est
écrit en catalan. Généalogie des Français d'Amérique du Nord © Copyright 2006 Denis Beauregard |
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