6. Études d'erreurs

Voici quelques analyses d'erreurs trouvées sur Internet en 2004.  La situation peut évoluer avec le temps.

6.1. Abraham MARTIN et Sarah AUCHINLECK

6.1.1. Ce que l'on trouve

Dans FamilySearch (Ancestral File et Pedigree Resource File), une recherche du couple Martin-Auchinleck donne ceci, en combinant les différentes fiches de famille:

(famille inexistante)
MARTIN, Abraham, n vers 1563 Metz, Lorraine, , France
* m vers 1588 Dundee, , , Scotland
AUCHINLECK, Sarah, n vers 1567
   1) Abraham, n vers 1589 La Rochelle, m Guillaumette COUILLARD, m 24-10-1661 Marguerite LANGLOIS

Selon une autre fiche, Abraham serait fils de Jean MARTIN et Isabelle CÔTÉ.

(famille inexistante)
MARTIN, Abraham, n vers 1571 France ou Écosse, d 13 Jun 1673
* m vers 1588 Scotland
AUCHINLECK, Sarah, n vers 1575, d 25 Jul 1665
   1) Abraham, n vers 1589 Dundee, Angus, Scotland

(famille avec une petite erreur)
MARTIN, Abraham (fils d'Abraham, n vers 1590), n vers 1616 Dundee, Angus, , Scotland, d 13 Jun 1673
AUCHINLECK, Sarah, n 1625 Dundee, Angus, , Scotland, d 25 Jul 1665

(famille inexistante)
MARTIN, Abraham
* m 13 JUN 1673   Edinburgh, Midlothian, Scotland
AUCHINLECK, Sarah

Avec Google, on retrouve l'équivalent dans ces sites:
Les sites suivants reprennent l'information exacte, quoique l'on présente comme probable ce qui n'est qu'une faible possibilité (les Abraham Martin sont très nombreux)

6.1.2. La réalité

La source de l'information est un article des Mémoires: ABRAHAM MARTIN, Français ou Écossais ?, MSGCF 27: 162-164.  Il a découvert à Dundee, en Écosse, un livre décrivant d'anciens monuments de la ville, dont une pierre tombale avec des inscriptions résumées ci-dessous:

(données réelles)
MARTIN, Abraham
(fils d'Abraham, marchand bourgeois de Metz en Lorraine), d 13 juin 1673 (57 ans), chirurgien barbier
AUCHINLECK, Sarah, d 25 juillet 1665 (40 ans)

Le processus de corruption des données initiales a donné plusieurs variantes.  Ainsi, la date de décès est devenue celle du mariage dans un cas.  Dans un autre cas, on voulait tellement qu'il soit le père de notre Abraham qu'on a fait mourir l'Abraham de Dundee à 102 ans.

Il est à remarquer qu'il est impossible que le père soit notre Abraham d'après les évidences trouvées.  D'un côté, un marchand bourgeois est en général un marchand assez enrichi pour s'acheter un titre de bourgeoisie ou l'équivalent.  C'est donc une sorte de retraité ou au minimum quelqu'un de bien établi.  D'un autre côté, Abraham le père habite à Metz dans le contexte de cette pierre tombale, donc soit à l'époque de son décès, soit au moment où son fils est parti de Metz.  Notre Abraham étant à Québec durant toute la vie adulte de l'Abraham de Dundee, il n'était pas à Metz et ne peut donc pas être le beau-père et encore moins le fils de Sarah Auchinleck.

6.2. Les parents de Pierre MIVILLE

6.2.1. Ce que l'on trouve

Dans FamilySearch (IGI et Pedigree Resource File), une recherche du couple Martin-Auchinleck donne ceci, en combinant les différentes fiches de famille:

(famille inexistante)
MIVILLE, Isaac, n vers 1551, Fribourg (50 fiches) ou vers 1575 (6 fiches) ou vers 1584 ou vers 1587
* m vers 1575 La Rochelle ou Suisse, vers 1594 Fribourg
LOMENE, Salomée, n vers 1555, Fribourg
   1) Pierre MIVILLE dit Le Suisse

6.2.2. La réalité

(données réelles)
MIVILLE dit LE SUISSE, Pierre
(..), n vers 1602 (rec 1667) peut-être Fribourg, d 1669-10-14, s 1669-10-15 Québec
* m vers 1631 Brouage com Hiers-Brouage (Notre-Dame) (170189)
MAUGIS, Charlotte (..), n vers 1607 (rec 1667), 1581 (sep 1676) St-Germain, d 1676-10-11, s 1676-10-11 Québec
      6) Jacques, b 1639-05-02 Hiers-Brouage (St-Hilaire) (170189), d 1688-01-27, s 1688-01-28 Rivière-Ouelle, m Québec 1669-11-12 Catherine de BAILLON

Quand Pierre Miville a fait baptiser son fils Jacques, les parrain et marraine étaient: Isaac Miville et Salomée ou Salomé Lomène.  D'un côté, on a transformé parrain en godfather puis en grand-father, donc les parrain et marraine sont devenus les grands-parents.  D'un autre côté, certains vont avancer qu'il est de tradition que les grands-parents soient parrain et marraine.  En fait, quand cela arrive, c'est aux premier et second enfant et notre Jacques est le 6e.  De plus, on ne sait même pas si Isaac et Salomé sont mariés ensemble.  Le premier enfant connu du couple est Gabriel, né vers 1630.  Il se pourrait même qu'Isaac soit le fils ainé né vers 1628 ou même avant, puisque nous n'avons ni le mariage des parents, ni la relation d'Isaac avec les autres Miville ou son âge.

Pour ce qui est de l'origine, Fribourg est dérivé du canton des Suisses fribourgeois, nom donné à la concession habitée par Pierre Miville.  Comme Fribourg est à la fois une ville et un canton, Pierre peut être aussi bien originaire de l'un que de l'autre.  De plus, on trouve un Isaac Miville à Bâle, dans un autre canton.  Il s'en suit que Pierre pourrait aussi venir d'un autre endroit.

Si on compare avec le cas d'Abraham Martin, on découvre une différence importante: les faux parents de notre Abraham apparaissent dans le fichier Ancestral File et la propagation de l'erreur semble faible; les faux parents de notre Pierre ne sont pas mentionnés dans le fichier AF, mais seulement dans IGI et PRF (Pedigree), donc l'erreur est apparue bien plus tard (John Dulong y fait allusion en 1997) et est hors de contrôle si l'on regarde le nombre de fiches portant cette erreur et le nombre de sites.  Pourtant, la recherche "abraham martin" "marguerite langlois" donne environ 1460 résultats, alors que la recherche "pierre miville" "charlotte maugis" en trouve 1310.  Dans ma base de données, le nombre de couples qui en descendent, sans enlever les doublons, est de 7558 et 5741, donc le nombre de sites parlant de l'un ou de l'autre semble correspondre au nombre de descendants.

6.2.3. Les beaux-parents de Pierre Miville

Jacques Miville, le fils du couple, est devenu célèbre à cause de l'ascendance royale de sa femme Catherine de Baillon.  Celle-ci, fille d'Alphonse de Baillon et de Louise de Marle, a fait l'objet de plusieurs études pour diverses raisons.  Son ascendance royale a été prouvée puis désapprouvée 3 fois (ascendance par les Marle qui ne sont pas des Coucy, ascendance par les Thiembronne qui sont trop nombreux pour déduire une ascendance unique et ascendance par les Montmorency où il manque une corroboration du côté de cette famille).  La 4e étude comportait des preuves plus complètes.

Il se trouve que certains généalogistes ont tout confondu lors de la saisie des informations sur cette famille et que les parents de Catherine de Baillon sont devenus ceux de Charlotte Maugis, ou, si l'on veut, les beaux-parents du fils sont devenus les beaux-parents du père.

On trouve donc la famille suivante plus de 200 fois dans Google:

(famille inexistante)
MAUGIS, Alphonse
MARLE (de), Louise, ou Louise Demerle
   1) Charlotte, m Pierre MIVILLE

Pourtant, aucun indice ne nous permet de nommer les parents de Charlotte.

6.3. Les parents de François CHRÉTIEN

6.3.1. Ce que l'on trouve

CHRÉTIEN, François (François & Aurise TRÉPANIER), n vers 1867, d 1930
* m vers 1885
LAFORME, Olivine

Il s'agit des ancêtres de Jean Chrétien.  Depuis qu'il n'est plus premier ministre du Canada, le nombre de sites avec sa généalogie a chuté en flèche et apparemment, il n'en reste pas beaucoup.  Il y a 3 ou 4 ans, la moitié de ces sites avaient l'erreur mentionnée ici, soit le nom de la mère de François, erreur qui semble avoir disparu depuis.  Le père est bon et a été marié 2 fois. 

6.3.2. La réalité

CHRÉTIEN, François (François & Élisabeth BLAIS), n 26 octobre 1865, d 23 août 1931
* m 06-10-1885 Manchester (St-Augustin), NH
LAFORME, Olivine

CHRÉTIEN, François
* m 18-01-1853 Ste-Ursule
TRÉPANIER, Aurise
** m 10-01-1865 St-Barnabé
BLAIS, Élisabeth

C'est à partir du décès et de la sépulture en 1931 que l'on trouve la date de naissance en 1865.  Par la suite, il devient évident qu'il est issu du 2e mariage en 1865 et non du 1er en 1853.

Un jour, quelqu'un m'a écrit pour me demander pourquoi les autres sites donnaient des parents différents.  J'ai alors fait mon enquête et écrit la raison de la différence avec la généalogie en question.  Cela a donné ce paragraphe:

Note sur les parents de François CHRÉTIEN (marié 1885).  Selon une généalogie erronée de la famille Chrétien, ce François est décédé en 1930 (pas de date précise) à l'âge de 63 ans.  Mais, j'ai retrouvé la bonne date de décès dans un répertoire de sépultures et dans l'index consolidé des décès du Québec (BSQ, maintenant ISQ).  Il est en réalité décédé le 23 août 1931 et a été inhumé le 26.  Il est né le 26 octobre 1865.  Son père (comme lui) s'est marié deux fois: d'abord en 1853 avec Aurise Trépanier (que certains auteurs et sites indiquent comme sa mère), puis le 10 janvier 1865 à St-Barnabé avec Élisabeth Blais.  Il ne peut donc pas être né du premier mariage.

Par la suite, le nombre de sites avec l'erreur a diminué.  Il est important de noter ici qu'il s'agit de la généalogie d'une personne connue et non des ancêtres de l'auteur d'un site: on dirait que les gens font moins attention quand il s'agit d'un de leurs ancêtres.

6.4. D'où viennent les Ouimet

Cette information est d'abord parue en 1991, dans les Mémoires.  Un correspondant américain aurait trouvé le baptême de l'ancêtre à St-Fanville, le 19 novembre 1634. 
(MSGCF (42) 279-280).  Je l'avais notée dans mon DGO (1998) comme erreur.  En effet, St-Fanville, c'est Ste-Famille mal écrit.  Et le 19 novembre 1634, c'est exactement la date de sépulture de l'ancêtre en 1687, ayant 53 ans.  Faites le calcul: son âge est précis lors du décès.  Donc, en voulant identifier la paroisse et en examinant les noms des paroisses autour de Vrigny, lieu d'origine présumé, je m'apercevais que le lieu mentionné n'existait pas.  Donc, erreur.

Alors, le coordonnateur a décidé de maquiller cette information erronée pour l'inclure quand même dans le Fichier Origine.  Le maquillage consistait à prétendre que l'acte avait été trouvé à Vrigny, même si les archives n'y débutent qu'en 1692.  C'était lors de la version 21, alors que j'avais la copie maîtresse et que j'intégrais les ajouts.  Voyant l'erreur ressurgir, je l'ai bloquée.

Mais, j'ai quitté le FO après la version 23.  Alors, dès que j'ai cessé de gérer les ajouts, cette erreur est apparue et a été diffusée. 

En fait, dans la version 24, le Fichier Origine contient au moins 460 migrants qui ne devraient pas y être (actes trouvés au Québec et non à l'étranger ou fausse origine), en plus des erreurs que j'avais filtrées et qui commencent à s'ajouter.

6.5. Le père de Denis Cloutier

Selon le PRDH, Zacharie Cloutier serait l'immigrant français avec le plus grand nombre de descendants.  C'est donc dire à quel point cette erreur pourrait se répandre si on ne fait rien.

Dans certaines sources, Denis, le père de Zacharie, est dit fils de N.. Cloutier.  En généalogie, il y a plusieurs conventions pour désigner un inconnu, comme .., (Inconnu) ou N..  Il semble bien que ce soit ce N.. qui soit à l'origine de Nicolas.  Il faut préciser que Denis s'est marié deux fois et que dans beaucoup de logiciels de généalogie, on doit définir les parents pour rattacher les deux mariages d'un individu.  Les étapes de la fabrication du faux Nicolas sont sans doute les suivantes:
  1. Découverte des deux mariages de Denis Cloutier
  2. Quelqu'un a fait un article dans une revue en ajoutant une génération avec N.. Cloutier, ce qui veut dire (Inconnu) Cloutier
  3. Un autre généalogiste, un débutant celui-là, a supposé que N.. voulait dire Nicolas (surtout qu'il y a 2 Nicolas Cloutier au moins dans la région d'origine)
  4. L'erreur a été répétée

6.6. Pour évaluer la crédibilité d'un site

6.6.1. Crédibilité de l'auteur et du site

Si l'on veut se faire une idée du sérieux de l'auteur d'un site, il faut regarder à quoi ressemble son site.
Une fois que vous avez une opinion sur la crédibilité du site, vous pouvez la nuancer.

6.6.2. Crédibilité du type de site

Lors d'une conférence sur les sites Internet de généalogie, la présentatrice suggérait d'utiliser l'hébergeur du site pour évaluer sa crédibilité.  En d'autres mots, les sites suivants seraient plus crédibles: organismes gouvernementaux, sites universitaires, et les sites personnels seraient moins crédibles.

En fait, on pourrait dire ceci:

6.6.3. L'erreur est humaine

Il est à peu près impossible de construire une grosse base de données sans faire d'erreur.  Donc, un site très crédible pourrait fort bien contenir une erreur alors qu'un site très peu crédible pourrait aussi contenir une information plus précise et même une nouveauté sans erreur.